Le peuple Nyangatom

Peuple Nyangatom

Les Nyangatom, ethnie minoritaire (15 000 représentants) du groupe Karimojong, vivent à l’extrême sud-ouest de l’Éthiopie, aux confins du Soudan et du Kenya, dans une région particulièrement inhospitalière du Triangle d’Ilemi. Cette zone frontière fut conquise par l’empereur Menelik en 1899 mais l’occupation amhara demeura purement nominative et la région n’a pas été colonisée.

Les Nyangatom ont toujours été en conflit avec leurs voisins et ils font partie des guerriers les plus redoutés de la vallée de l’Omo. Dans les années 70, ils furent pratiquement décimés par les Dassanech. Mais en 1980, profitant, d’une certaine manière, de la guerre civile au Soudan, ils purent s’équiper de fusils et la situation se renversa.

Les Nyangatom sont apparentés aux Toposa, leurs seuls voisins avec lesquels ils ne sont pas en conflit. Leur langue est l’une des langues nilotiques de l’est, appartenant au groupe teso-turkana. Leurs voisins les appellent par leur nom péjoratif, Bume, qui signifient “ceux qui sentent mauvais”. Eux-même préfèrent s’appeler par leur nom de guerre Nyang-atom, c’est-à-dire “fusils jaunes” plutôt que par leur ancien sobriquet de “mangeurs d’éléphants” : Nyam-etom.

L’originalité de la culture Nyangatom est leur manière de classer les individus en catégories selon les éléments de leur statut et de se reconnaître comme Éléphant ou Autruche bien qu’il n’existe point de patronyme mais seulement un nom de naissance et une appartenance territoriale (par exemple celle des Cigognes, des Flamants, des Ibis) garantissant les droits d’accès aux ressources. Sans système politique centralisé ni rapport de dominant-dominé avec leurs voisins, mais sensibles au pouvoir charismatique, ils sont à division non pas clanique ou lignagère mais générationnelle. La génération est subdivisée en classes d’âge et celles-ci en groupes locaux.

Les Nyangatom récoltent le sorgho, le maïs, les haricots, ramassent le miel, sèchent des poissons qu’ils pêchent, le temps de vivre dans quelque éphémère camp pastoral près de voisins mobiles et hostiles le plus souvent, leur disputant herbages et bétail. Dans l’année, mesurée par les lunaisons et démarrant avec les premières pluies, alternent inondations, avec concentration humaine, et sécheresse, entraînant la dispersion des groupes. Pour richesse, dans cette culture du dénuement mais cependant du savoir-faire, l’homme a son troupeau, ses femmes et ses enfants, mais aussi ses ornements corporels, son appuie-tête et ses armes.

À sa mort, l’ancien a sa place dans l’enclos aux zébus sous un monticule de bouses sèches et les deuilleurs se blanchissent le corps de farine de sorgho. Quant aux mauvais morts, on les abandonne aux vautours et aux hyènes.